Reportage ARTE 


Transcription du reportage :


Pascal Roullet, qui mène ses recherches à l’Université de Toulouse, sonde depuis des années les mécanismes à l’origine de cette imperfection. Il a fait une découverte incroyable : nous modifions nos souvenirs quand nous les utilisons. Se rappeler change le souvenir. Il appelle cela le syndrome du pêcheur marseillais. 


On va prendre un pêcheur, il prend un poisson de 10 centimètres. Donc il va mémoriser l’information, “j’ai pris un poisson de 10 centimètres”. Le lendemain, si quelqu’un l’interroge sur ce qu’il a pris la veille, comme il est marseillais, il va avoir tendance à exagérer un petit peu.  Donc il va répondre 20 centimètres. Le problème c’est que, il va mémoriser l’information initiale, plus l’exagération. Donc il va mémoriser en mémoire à long terme un poisson de 20 centimètres. Quand une semaine plus tard, on va lui demander qu’avez-vous pris il y a une semaine, il va se souvenir d’un poisson de 20 centimètres, et comme il est marseillais, il va rajouter un petit peu et donc ça va faire un poisson de 30 centimètres. Et il va stocker cette information de nouveau dans la mémoire à long terme. Donc ce qui est intéressant ici c’est que, il y a une évolution progressive du souvenir.  A chaque fois qu’on va activer le souvenir, eh bien, on va ajouter des petits éléments et le souvenir initial et le souvenir final peuvent être très différents. 


A chaque fois que l’on se souvient d’une situation, une modification, un nouveau détail est susceptible de se glisser dans le souvenir. Il y a 15 ans, Pascal Roullet et d’autres chercheurs ont découvert le mécanisme qui explique cette étrange propriété de notre mémoire : en remontant à la surface, un souvenir redevient momentanément fragile et malléable. 


Alors lorsqu’une information arrive dans votre cerveau, cette information va être consolidée pour créer un souvenir. Ce qu’on a découvert dans les années 2000, c’est lorsqu’on rappelle ce souvenir, il remonte à la surface et il devient fragile. Ce souvenir fragilisé va pouvoir intégrer de la nouvelle information de l’environnement et pour être stabilisé de nouveau en mémoire, il doit subir le mécanisme de reconsolidation.  On attend qu’ici une fenêtre temporelle où le souvenir peut être modifié.


La fragilisation et la reconsolidation du souvenir sont des phénomènes parfaitement inconscients. Nos souvenirs se transforment, donc, complètement à notre insu. Comment se fier alors à un témoignage, même sincère ?



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